Le pain au ketchup

Marius Jauffret

Julius est un jeune homme sans passion, hormis peut-être celles de l’alcool, du sexe triste, des images en boucle sur les chaînes d’info. La faute à sa bipolarité, sans doute. Un jour de 2014, devant un reportage sur l’insurrection des Ukrainiens, place Maïdan, il a un déclic. Et si l’héroïsme d’un peuple, le génie des lieux, le rêve collectif étaient la clé de sa métamorphose ? Fuir, partir, se sauver de soi-même, trouver la rédemption, c’est l’idée.

Il le fait. Ivre-mort, ravagé par une MST, les yeux infectés par une conjonctivite, avec mille euros en poche, il part.

À Kiev, durant un mois, qui devient-il ? Journaliste amateur et sans ambition, spectateur au cynisme drolatique, voyageur paranoïaque et débauché, un peu tout ça. Mais bientôt la mue est en cours. Sa sensibilité extra-lucide, son goût pour le détail, sa curiosité insatiable, sa capacité à flâner, le mènent, de rencontre en rencontre, à découvrir la révolution ukrainienne, « le vrai monde », là où le cœur des hommes palpite pour le meilleur et pour le pire.

En 2018, il repart pour Kiev. Et il écrit. Aujourd’hui, ce récit prend toute sa résonance, bien sûr. Et, c’est, le lecteur, cette fois, qui sort, changé, bouleversé, par cette plongée dans une guerre qui ne dit pas encore son nom.

Après Le fumoir, publié en 2020 aux éditions Anne Carrière, Marius Jauffret signe ici un récit qui voit revenir son caustique double littéraire et son attirance pour les âmes en peine.

Couverture Le pain au ketchup

Éditions Anne Carrière

LH Le Mag, Avant-portrait, Sean Rose